Une réforme de la "fin de carrière" plutôt qu'une réforme des retraites

Ce qui compte n'est pas tant l'âge que la durée réelle de contribution et la capacité à travailler.
C'est un principe qui parle intuitivement à beaucoup de citoyens.

La base du projet

  1. Les personnes dont la pénibilité concrète du métier est reconnue pourraient prétendre à un départ après 40 années de cotisations ou après un avis médical stipulant qu'elles ne sont plus capables d'exercer leur métier à partir de 55 ans.
  2. Les personnes estimées inaptes à poursuivre l'exercice de leur métier se verraient orientées vers un emploi qu'elles seraient en mesure d'accomplir ; l'État serait dans l'obligation de former et d'accompagner vers ce nouvel emploi ces personnes.
  3. À partir de 40 années de cotisations retraites (en comptabilisant les années liées aux grossesses et accouchements, liées aux congés légaux afférents), les travailleurs pourraient demander à diminuer leur temps de travail, par exemple de 80 % ou 60 % maximum, avec compensation partielle de façon à garantir un revenu au minimum égal au salaire minimum français du moment. Ce serait une procédure de retraite progressive et caisses de retraite paieraient seulement la différence entre le salaire perçu et la pension due. Cette retraite progressive pourrait durer jusqu'à 42 années de cotisations. Si les personnes souhaitaient continuer à travailler, elles basculeraient sur un système de cumul emploi-retraite.
  4. À partir de 42 années de cotisations, les personnes pourraient demander leur retraite à taux plein.
  5. À partir de 64 ans dans tous les cas, les personnes pourraient demander à travailler en cumul emploi-retraite. Leur pension de retraite due par leurs caisses serait maintenue intégralement et les gains perçus par leur emploi complémentaire seraient également perçus intégralement. Ces personnes continueraient à cotiser mais cela leur ouvrirait de nouveaux droits au moment où elles cesseraient toute activité.
  6. Les personnes ayant commencé très jeunes pourraient partir à la retraite après leurs 42 ans de cotisation, ce qui pourrait leur permettre de liquider leurs droits à 59, 60 ou 61 ans par exemple.


Évaluer la soutenabilité du projet

Un changement conceptuel majeur

La plupart des réformes françaises posent la question : « À quel âge faut-il partir ? »

Ce système pose plutôt la question : « Comment gère-t-on les 10 à 15 dernières années de vie professionnelle ? »

Or c'est précisément là que se situe aujourd'hui une grande faiblesse du modèle français.

Emploi-retraite-vieille-dame

Beaucoup de personnes n'arrivent déjà pas à travailler de façon continue jusqu'à la retraite :

  • chômage des seniors ;
  • arrêts maladie longs ;
  • invalidité ;
  • inaptitude ;
  • licenciements économiques ;
  • reconversions tardives.

Une partie du coût réel de la retraite est déjà déplacée vers d'autres budgets publics.


Les 42 années de cotisation

C'est probablement l'élément le plus robuste.

D'un point de vue actuariel, 42 années de cotisation représentent une durée significative de contribution.

Quelqu'un qui commence :

  • à 17 ans partirait à 59 ans ;
  • à 18 ans partirait à 60 ans ;
  • à 19 ans partirait à 61 ans ;
  • à 22 ans partirait à 64 ans.

Ce mécanisme existe déjà partiellement à travers les carrières longues. Cette proposition le généralise.
Financièrement, cela coûte davantage que l'âge uniforme à 64 ans, mais moins qu'un retour généralisé à 60 ans.


La retraite progressive limitée à deux années

C'est probablement le meilleur élément du projet. Pourquoi ? Parce que la période :

  • 40 ans de cotisation ;
  • jusqu'à 42 ans de cotisation

est relativement courte.

On ne crée pas une préretraite de cinq ou dix ans. On crée une transition limitée dans le temps. C'est beaucoup plus facile à financer.


La pénibilité

Le nombre de bénéficiaires réels resterait probablement limité. En France, les métiers réellement pénibles représentent une minorité de l'emploi total :

  • bâtiment ;
  • aide-soignants ;
  • manutention ;
  • collecte des déchets ;
  • certains métiers industriels ;
  • travail avec des publics difficiles…

Le coût existe mais reste maîtrisable si les critères sont stricts.

Emploi-retraite-demenageur


La reconversion obligatoire

Sur le plan économique, c'est sans doute la mesure la plus innovante. Aujourd'hui, lorsqu'un maçon de 58 ans devient inapte :

  • la société finance souvent du chômage ;
  • puis des prestations sociales ;
  • puis une retraite.

Ici, on propose :

  • un diagnostic médical ;
  • une formation ;
  • un réemploi adapté.

C'est probablement la mesure la plus coûteuse administrativement. Mais elle produit aussi des recettes :

  • maintien de cotisations ;
  • baisse des pensions d'invalidité ;
  • baisse des minima sociaux ;
  • maintien d'une activité économique.

C'est davantage un investissement qu'une dépense pure. Le coût initial augmente. Mais le nombre de cotisants augmente également. À long terme, c'est potentiellement favorable aux finances publiques.


Les départs à 59 ans

C'est probablement le principal sujet financier. Prenons un exemple simplifié :

  • début à 17 ans ;
  • retraite à 59 ans ;
  • espérance de vie après retraite d'environ 25 ans.

Cela signifie :

  • 42 ans de cotisations ;
  • environ 25 ans de versement de pension.

Ce n'est pas absurde. Mais si la proportion de départs avant 62 ans devenait importante, le coût pourrait devenir sensible. La vraie question est statistique : combien de Français commencent aujourd'hui suffisamment tôt pour bénéficier de ce mécanisme ? La réponse est : beaucoup moins qu'il y a trente ans. L'allongement des études réduit naturellement le nombre de bénéficiaires.
Cela limite le coût du dispositif.


Le cumul emploi-retraite avec nouveaux droits

En réalité, c'est déjà la logique retenue depuis la réforme de 2023 mais remis en cause avec la réforme 2026/2027.

Les retraités (réforme de 2023) peuvent désormais acquérir de nouveaux droits dans certaines conditions. L'intérêt économique est évident :

  • davantage de seniors actifs ;
  • davantage de cotisations ;
  • davantage de recettes fiscales ;
  • transmission des compétences.

Ainsi présenté à nos concitoyens :

  • Le retraité conserve son salaire ;
  • Il conserve sa pension ;
  • Il continue à contribuer au financement collectif ;
  • Il conserve une dynamique sociale souvent associée au maintien de sa santé.

Emploi-retraite-scientifique

Le cumul emploi-retraite intégral pourrait être très attractif. Beaucoup de retraités :

  • garderaient une activité ;
  • créeraient des entreprises ;
  • feraient des missions ponctuelles ;
  • transmettraient leurs compétences.

Cela augmente :

  • les cotisations ;
  • les recettes fiscales ;
  • la production économique.

Il convient donc de protéger l’emploi des séniors au sein du dispositif « cumul-emploi-retraite ».


Il apparaît nécessaire

de faire une réforme de la fin de carrière plutôt qu'une réforme des retraites

D'un point de vue économique, c'est la formulation la plus pertinente du projet.

Le problème français n'est pas seulement l'âge de liquidation des droits. C'est surtout le fait qu'entre 55 et 64 ans :

  • le taux d'emploi baisse fortement ;
  • les problèmes de santé augmentent ;
  • les reconversions sont rares ;
  • les entreprises investissent peu dans les seniors.

Autrement dit : Le vrai problème n'est pas que les Français vivent trop longtemps après la retraite. Le vrai problème est que beaucoup de travailleurs ont des difficultés à rester dans un emploi adapté jusqu'à la retraite. Dans ce projet, on est davantage face à une réforme réaliste du système français qu'à une rupture financièrement impraticable.

Autrement dit, le projet est financièrement et socialement soutenable si :

  • les critères de pénibilité sont rigoureux et bien évalués ;
  • la retraite progressive est plafonnée ;
  • le cumul emploi-retraite reste cotisant ;
  • un âge minimal de départ est conservé hors pénibilité.

Si l'on compare les éléments suivants, on obtient :

Critères Système actuel Cette nouvelle proposition
Simplicité Moyenne Bonne
Justice perçue Moyenne Élevée
Protection de la pénibilité Moyenne Élevée
Emploi des seniors Moyenne Bonne
Coût budgétaire Référence Légèrement supérieur
Faisabilité financière Oui Oui, avec les conditions évoquées plus haut

Une réforme peut être légèrement plus coûteuse mais mieux acceptée.


Conclusion

Les réformes des retraites échouent souvent parce qu'elles sont perçues comme injustes.

Ce système possède une logique simple :

▶️ 42 ans de contribution donnent droit à la retraite.
▶️ Les métiers pénibles bénéficient d'une protection spécifique.
▶️ Ceux qui souhaitent continuer à travailler peuvent le faire.

Politiquement, c'est plus lisible que les mécanismes actuels de trimestres, décotes, surcotes, carrières longues, pénibilité, etc.


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