AprĂšs notre derniĂšre rencontre fin mars Ă  la permanence de Monsieur le DĂ©putĂ© StĂ©pane Hablot oĂč nous avions Ă©voquĂ© des sujets concernant des injustices pour nombre de nos concitoyens (cumul emploi-retraite, parkings des hĂŽpitaux, situation des animateurs et AESH, accompagnants des Ă©lĂšves en situation de handicap), Ă  sa demande nous lui avons adressĂ© cet argumentaire dĂ©taillĂ© Ă  propos des AESH de notre pays. L’actualitĂ© d’ailleurs montre une tension grandissante sur ce sujet.

L’argumentaire concernant les animateurs en charge d’enfants suivra ultĂ©rieurement. Toutefois, dĂšs Ă  prĂ©sent, des similitudes et proximitĂ©s entre ces deux catĂ©gories de travailleurs nous amĂšnent Ă  faire des propositions pouvant rĂ©pondre Ă  certains de leurs besoins communs.


1. Présentation globale sur la SITUATION des AESH

AESH (accompagnants des élÚves en situation de handicap) :
Actuellement, la situation est extrĂȘmement prĂ©caire et insatisfaisante aussi bien pour les salariĂ©s que pour les institutions d’enseignement, ainsi que pour les Ă©lĂšves relevant d’un accompagnement et leurs familles.


A - Le recrutement est difficile

  1. La formation (60 heures seulement) se fait souvent en parallĂšle avec une prise de fonction dĂ©jĂ  effective. Cette formation n’est pas « diplĂŽmante » et ne permet pas de rĂ©pondre Ă  toutes les connaissances et exigences que les usagers sont en droit d’attendre.
  2. Le salaire : les contrats sont trĂšs souvent Ă  temps partiel ; une majoritĂ© des AESH sont engagĂ©s pour 20 Ă  26 heures / semaine. D’autres ont des temps de travail variables. MĂȘme si pour une minoritĂ© d’AESH, le travail Ă  temps partiel convient, pour l’immense majoritĂ©, cela reprĂ©sente un revenu trĂšs bas et peu Ă©volutif. En 2024-2025, 98% des AESH ont travaillĂ© Ă  temps incomplet.
  3. La reconnaissance : Les AESH souffrent d’un manque de considĂ©ration de la part des institutions et souvent de la part des enseignants. Il faut noter qu’ils manquent d’informations sur leurs droits, sur la façon dont sont traitĂ©s leurs dossiers, sur l’organigramme de l’Éducation Nationale. Notamment, il y a souvent confusions quant Ă  leurs vĂ©ritables rĂ©fĂ©rents hiĂ©rarchiques.
  4. Les violences : Beaucoup d’AESH sont des femmes Ă  qui l’on confie la responsabilitĂ© d’accompagner et d’aider des enfants aux profils trĂšs diffĂ©rents, souffrant de pathologies ou handicaps dont elles ne connaissent pas toujours toutes les caractĂ©ristiques. De plus, un certain nombre de ces enfants manifestent des Ă©tats de colĂšre et de violence dont font les frais leurs AESH. À noter qu’on dĂ©nombre une proportion non nĂ©gligeable d’arrĂȘts de travail en consĂ©quence des violences dont certains AESH sont victimes. Malheureusement, l’institution ne prend pas de mesures suffisantes pour d’une part sanctionner les Ă©lĂšves violents (envoyant par lĂ -mĂȘme le message aux autres Ă©lĂšves de la classe qu’il est possible d’insulter et frapper impunĂ©ment un adulte accompagnant), d’autre part protĂ©ger les personnels, leur Ă©viter de perdre une part de leur salaire lors des arrĂȘts de travail
 De plus, dans le cadre de la lutte contre les violences faites aux femmes, on est loin du compte !
  5. L’évolution de carriĂšre : si les AESH avaient une perspective intĂ©ressante de carriĂšre, on attirerait peut-ĂȘtre davantage de profils de gens trĂšs motivĂ©s et ayant dĂ©jĂ  une formation vis-Ă -vis de l’enfance et/ou du handicap.
  6. La pertinence de l’accompagnement : on note qu’actuellement des AESH se voient attribuer plusieurs enfants sans tenir compte du besoin rĂ©el de chaque enfant (Ă©conomie de ressources et dĂ©gradation du suivi).


B - La gestion des dossiers du personnel AESH est lacunaire

Les recrutements liĂ©s Ă  un fort turn-over, la gestion des ressources humaines et de la comptabilitĂ© de ces agents aux profils multiples sont confiĂ©s Ă  un personnel beaucoup trop rĂ©duit pour qu’un suivi efficace, humain, adaptĂ© soit possible. Certains agents de paye de l’Éducation Nationale ont des portefeuilles de 400 Ă  500 AESH Ă  suivre. Quand on connaĂźt les difficultĂ©s liĂ©es Ă  ces professions en termes de fonctionnement, de hiĂ©rarchie, de doits, d’arrĂȘts maladie, de formation, de besoins divers, on comprend qu’il y a de sĂ©rieux manques ressentis trĂšs nĂ©gativement aussi bien du cĂŽtĂ© des AESH que des personnels gestionnaires.

Les relations souvent obscures entre :

  • les MDPH (Maisons dĂ©partementales des personnes handicapĂ©es),
  • les PIAL, PĂŽles Inclusifs d’Accompagnement LocalisĂ©s censĂ©s ĂȘtre la coordination des ressources au plus prĂšs des Ă©lĂšves en situation de handicap (les aides humaines, pĂ©dagogiques, Ă©ducatives, et, Ă  terme, thĂ©rapeutiques) pour une meilleure prise en compte de leurs besoins,
  • les Directeurs d’établissements scolaires,
  • les SDEI (Services de l’école inclusive)
  • les services de gestion des dossiers des agents

et sont trĂšs prĂ©judiciables Ă  l’exercice des tĂąches difficiles auxquels sont confrontĂ©s les personnels accompagnants. Ce « millefeuille administratif » dĂ©bouche trop souvent sur des erreurs d’apprĂ©ciation d’une ou plusieurs situations.


C - La pertinence des profils recrutés

On constate hĂ©las des manquements et actes inappropriĂ©s voire dĂ©lictueux, ou pire, criminels, Ă  l’encontre des mineurs accompagnĂ©s. On ne peut jamais les Ă©radiquer complĂštement mais le manque de vĂ©rifications, de formation initiale (oĂč l’on peut dĂ©tecter des profils suspects), de fluiditĂ© dans l’organigramme, de dialogue entre AESH et les services Ressources Humaines, enfin d’information sur les conduites Ă  tenir en cas de signalements nĂ©cessaires font courir des risques inacceptables aux enfants accompagnĂ©s. De plus, certaines personnes peuvent passer sous les radars en se dĂ©plaçant d’un DĂ©partement Ă  un autre.

Au moment, oĂč nous avons commencĂ© Ă  rĂ©diger ces observations nous avons appris que le 5 avril 2026 une intersyndicale a adressĂ© une carte postale au ministre de l’Education nationale dans laquelle elle demande un vĂ©ritable statut pour les AESH. Dans celle-ci, elle renouvelle son appel Ă  la crĂ©ation d’un corps de fonctionnaires pour les AESH. Elle demande un vĂ©ritable statut, la garantie d’un temps plein, une revalorisation salariale, ainsi que des perspectives de carriĂšre. Voir ci-aprĂšs.

AESH-carte-syndicats-recto AESH-carte-syndicats-verso


Quelques propositions nous semblent dignes d’intĂ©rĂȘt pour rĂ©soudre les problĂšmes douloureux liĂ©s Ă  la situation Ă©voquĂ©e ci-dessus :

(((1/))) Les AESH et les animateurs de pĂ©riscolaire et centres d’accueils de loisirs rencontrent des difficultĂ©s communes. Pourquoi ne pas crĂ©er une vraie formation initiale (il en existe par exemple pour la petite enfance) qui inclurait :

  • connaissance des besoins de l’enfant en relation avec son Ăąge (dĂ©veloppement psychologique, moteur, intellectuel
)
  • Connaissance des pathologies et handicaps chez l’enfant (avec quelques modules plus poussĂ©s lors du parcours professionnel grĂące Ă  des stages thĂ©matiques). SantĂ© et hygiĂšne Ă  garantir.
  • Connaissance des programmes de l’Éducation Nationale et mise Ă  niveau dans les disciplines principales pour accompagner les enfants confiĂ©s aux AESH.
  • Connaissance et expĂ©rimentation des jeux, activitĂ©s (avec des modules plus poussĂ©s pour les animateurs avec des stages thĂ©matiques)
  • PĂ©dagogie appliquĂ©e
  • Droits de l’Enfant
  • Connaissance des statuts et droits des professionnels AESH et animateurs. Connaissance des organigrammes professionnels et des recours possibles.
  • Connaissances des droits et devoirs en lien avec la justice des mineurs.

Cette formation dĂ©boucherait sur un examen puis un diplĂŽme et sur un vrai statut, permettant aux AESH et animateurs d’avoir de vrais emplois, Ă©ventuellement de cumuler des heures d’accompagnement et des heures d’animation pour bĂ©nĂ©ficier d’un emploi Ă  temps complet, d’un salaire dĂ©cent, de congĂ©s payĂ©s comme tous les travailleurs de notre pays. À noter que nous reviendrons sur la situation « salariale » dĂ©sastreuse des animateurs qui dĂ©pend de bons ou mauvais vouloirs des employeurs.

En rĂ©sumĂ©, nous demandons Ă  Monsieur le DĂ©putĂ© d’attirer l’attention de l’AssemblĂ©e Nationale et du gouvernement sur cette situation qui fait honte aux principes de notre prise en charge de l’Enfance en France.**

Au moment oĂč l’on dĂ©plore :

  • une perte d’attractivitĂ© des mĂ©tiers liĂ©s Ă  l’Enfance
  • des salaires trop faibles pour enseignants, accompagnants, animateurs, puĂ©ricultrices

  • un renoncement Ă  avoir des enfants chez les jeunes gĂ©nĂ©rations
  • une difficultĂ© Ă  trouver des structures d’accueil, d’enseignement, de soins de qualitĂ©
  • un abaissement continu du niveau de connaissances de trop nombreux jeunes par rapport aux Ă©valuations de l’OCDE (Organisation de coopĂ©ration et de dĂ©veloppement Ă©conomiques).

il apparaĂźt urgent de rĂ©former en profondeur les systĂšmes d’accueil de nos enfants et d’assurer une dignitĂ© aux travailleurs qui Ɠuvrent dans ce domaine.

Nous proposons ci-dessous une étude plus administrative de la situation.


2. Rapport sur la gestion administrative des AESH et sur les consĂ©quences concrĂštes des arrĂȘts maladie


Constat général

Le mĂ©tier d’AESH est marquĂ© par une forte prĂ©caritĂ©. La majoritĂ© des AESH travaillent Ă  environ 66 % et perçoit autour de 1 331 Ă  1 380 euros brut mensuels en dĂ©but de carriĂšre. Il s’agit d’un secteur composĂ© majoritairement de femmes, au sein duquel les situations de fragilitĂ© sociale et financiĂšre sont frĂ©quentes.

Les difficultĂ©s concernent Ă©galement les services administratifs chargĂ©s de leur gestion. Dans certains dĂ©partements, un gestionnaire RH et paie suit prĂšs de 400 AESH, alors qu’un portefeuille soutenable se situe gĂ©nĂ©ralement entre 200 et 250 agents.

Cette surcharge s’explique notamment par le fait que les outils de paie utilisĂ©s n’ont pas Ă©tĂ© conçus Ă  l’origine pour la gestion des contractuels. Les gestionnaires doivent donc effectuer de nombreuses vĂ©rifications et corrections manuelles sur des Ă©lĂ©ments qui sont automatisĂ©s dans la gestion des personnels titulaires.

Cette situation entraĂźne :

  • une augmentation des erreurs et des rĂ©gularisations ;
  • une rĂ©duction du temps consacrĂ© Ă  chaque agent ;
  • des difficultĂ©s de suivi des arrĂȘts maladie ;
  • une dĂ©gradation de l’accompagnement administratif des AESH.
  • Il faut Ă©galement souligner que le logiciel utilisĂ© pour la gestion et la paie des AESH n’est pas suffisamment sĂ©curisant pour les gestionnaires de paie. Le systĂšme peut gĂ©nĂ©rer des mouvements automatiques intempestifs ou des rĂ©activations de rĂ©munĂ©ration qui nĂ©cessitent une surveillance constante de la part des gestionnaires.

ConcrĂštement, lorsqu’un AESH est en arrĂȘt maladie Ă  demi-traitement (50 %), le logiciel peut, Ă  la suite de certains mouvements administratifs, remettre automatiquement l’agent Ă  100 % de rĂ©munĂ©ration sans alerte suffisamment visible. Si le gestionnaire de paie ne dĂ©tecte pas immĂ©diatement cette anomalie, l’agent peut ĂȘtre payĂ© Ă  tort Ă  plein traitement pendant plusieurs mois.

Ces erreurs ne rĂ©sultent pas d’un manque de vigilance des gestionnaires, mais d’un cumul de facteurs structurels :

  • logiciel inadaptĂ© Ă  la gestion complexe des contractuels ;
  • automatisations insuffisamment sĂ©curisĂ©es ;
  • multiplication des rĂ©gularisations ;
  • surcharge des portefeuilles administratifs ;
  • sous-effectif chronique des services RH et paie.

Dans des services oĂč un gestionnaire suit parfois prĂšs de 400 AESH, certains mouvements intempestifs Ă©chappent inĂ©vitablement au contrĂŽle humain. Ces situations gĂ©nĂšrent ensuite des trop-perçus importants, des rĂ©gularisations complexes et des dettes administratives particuliĂšrement difficiles Ă  comprendre pour les agents concernĂ©s.

Ces dysfonctionnements montrent que les difficultés de gestion des AESH ne relÚvent pas uniquement de problématiques individuelles, mais bien de limites structurelles des outils et des moyens actuellement alloués aux services administratifs.


DifficultĂ©s spĂ©cifiques liĂ©es aux arrĂȘts maladie

Les consĂ©quences deviennent particuliĂšrement lourdes lors des arrĂȘts maladie de longue durĂ©e.

Pour les AESH contractuels :

  • le 1er jour d’arrĂȘt correspond Ă  une journĂ©e de carence non rĂ©munĂ©rĂ©e ;
  • du 2e au 90e jour, l’agent est rĂ©munĂ©rĂ© Ă  90 % ;
  • du 91e au 360e jour, l’agent passe Ă  demi-traitement, soit 50 % du salaire.

ParallÚlement, les indemnités journaliÚres de sécurité sociale (IJSS) sont versées par la CPAM aprÚs 3 jours de carence :

  • jour 1 : non indemnisĂ© ;
  • jours 2 et 3 : payĂ©s uniquement par l’Éducation nationale ;
  • Ă  partir du 4e jour : versement des IJSS par la CPAM.

Cependant, dans de nombreux services acadĂ©miques, la subrogation n’est pas mise en place. Les IJSS sont donc versĂ©es directement Ă  l’agent et non Ă  l’administration.

L’administration doit ensuite rĂ©cupĂ©rer ces sommes sur les salaires futurs afin d’éviter un double paiement.

Il convient Ă©galement de souligner que ces difficultĂ©s concernent particuliĂšrement les AESH parce qu’ils sont des agents contractuels. Contrairement aux personnels titulaires, leur gestion administrative repose sur des rĂšgles spĂ©cifiques mĂȘlant maintien partiel de rĂ©munĂ©ration, versement d’indemnitĂ©s journaliĂšres de sĂ©curitĂ© sociale et rĂ©gularisations successives.

En l’absence frĂ©quente de subrogation, les IJSS sont versĂ©es directement Ă  l’agent par la CPAM, puis rĂ©cupĂ©rĂ©es ensuite par l’administration sur les paies futures. Ce fonctionnement crĂ©e mĂ©caniquement des Ă©carts entre les sommes versĂ©es par la sĂ©curitĂ© sociale et les capacitĂ©s rĂ©elles de rĂ©cupĂ©ration de l’administration, notamment lorsque l’agent passe Ă  demi-traitement.

Les personnels titulaires sont beaucoup moins exposĂ©s Ă  ce type de mĂ©canisme, car leur gestion de la rĂ©munĂ©ration en arrĂȘt maladie est plus stable, plus automatisĂ©e et ne dĂ©pend pas du mĂȘme systĂšme d’indemnitĂ©s journaliĂšres versĂ©es directement Ă  l’agent.

Le statut contractuel des AESH constitue donc un facteur aggravant de prĂ©caritĂ© administrative et financiĂšre lors des arrĂȘts maladie de longue durĂ©e.

Il est Ă©galement important de prĂ©ciser que lorsque l’on parle de maintien Ă  « 100 % », « 90 % » ou « 50 % » pour les AESH, ces pourcentages ne s’appliquent pas Ă  un temps plein, mais au temps de travail rĂ©ellement exercĂ©, qui est gĂ©nĂ©ralement d’environ 66 % d’un temps complet.

Ainsi :

  • un AESH Ă  « 100 % » est en rĂ©alitĂ© rĂ©munĂ©rĂ© Ă  100 % de son contrat Ă  66 % ;
  • un AESH Ă  « 50 % » est rĂ©munĂ©rĂ© Ă  50 % de son contrat Ă  66 %.

Concrùtement, un AESH percevant environ 1 380 € brut mensuels à 66 % :

  • touche environ 1 380 € brut Ă  plein traitement de son contrat ;
  • environ 1 242 € brut Ă  90 % ;
  • et environ 690 € brut Ă  demi-traitement.

Cela signifie que le passage au demi-traitement ne correspond pas Ă  50 % d’un salaire complet, mais Ă  50 % d’un salaire dĂ©jĂ  partiel et particuliĂšrement faible.

Dans les faits, certains AESH se retrouvent donc avec des rĂ©munĂ©rations proches ou infĂ©rieures au seuil de pauvretĂ©, tout en devant rembourser des trop-perçus ou des indemnitĂ©s journaliĂšres de sĂ©curitĂ© sociale rĂ©cupĂ©rĂ©es progressivement par l’administration.

Ce mĂ©canisme accentue fortement la prĂ©caritĂ© financiĂšre des AESH lors des arrĂȘts maladie de longue durĂ©e.


Effets du décalage de paie

Comme dans l’ensemble de la fonction publique, la paie est traitĂ©e avec un dĂ©calage d’environ un mois entre les Ă©vĂ©nements administratifs (arrĂȘt maladie, reprise, changement de situation) et leur prise en compte effective sur la rĂ©munĂ©ration.

Ce fonctionnement peut rester relativement gĂ©rable dans des situations administratives simples. En revanche, il devient particuliĂšrement problĂ©matique dans le cadre des arrĂȘts maladie des AESH, en raison :

  • de la prĂ©caritĂ© financiĂšre des agents ;
  • du volume extrĂȘmement important de dossiers Ă  gĂ©rer ;
  • de l’absence frĂ©quente de subrogation ;
  • et de la complexitĂ© du traitement des indemnitĂ©s journaliĂšres de sĂ©curitĂ© sociale (IJSS).

ConcrĂštement, lorsqu’un AESH est placĂ© en arrĂȘt maladie, l’information n’est pas immĂ©diatement intĂ©grĂ©e dans la paie du mois en cours. L’agent continue donc souvent Ă  percevoir temporairement sa rĂ©munĂ©ration habituelle, alors mĂȘme qu’il aurait dĂ©jĂ  dĂ» ĂȘtre rĂ©munĂ©rĂ© Ă  90 % puis, Ă  terme, Ă  demi-traitement.

Par exemple, un AESH placĂ© en arrĂȘt maladie Ă  la fin du mois de mai peut continuer Ă  percevoir :

  • sa rĂ©munĂ©ration normale en mai ;
  • puis encore sa rĂ©munĂ©ration normale en juin ;
  • alors qu’il aurait dĂ©jĂ  dĂ» ĂȘtre rĂ©munĂ©rĂ© Ă  90 %.

Les rĂ©gularisations n’interviennent gĂ©nĂ©ralement que plusieurs semaines, voire plusieurs mois plus tard. Cela gĂ©nĂšre automatiquement des trop-perçus, c’est-Ă -dire des sommes versĂ©es Ă  l’agent puis considĂ©rĂ©es ultĂ©rieurement comme indĂ»ment perçues par l’administration.

L’AESH se retrouve donc temporairement dans une situation oĂč il perçoit simultanĂ©ment :

  • son salaire maintenu par l’Éducation nationale ;
  • et les IJSS versĂ©es par la CPAM.

Cependant, ces versements ne constituent pas un « gain » rĂ©el pour l’agent. L’administration considĂšre ensuite qu’une partie de ces sommes doit ĂȘtre rĂ©cupĂ©rĂ©e afin d’éviter un double paiement.

Le problĂšme est que cette rĂ©cupĂ©ration ne peut pas ĂȘtre effectuĂ©e immĂ©diatement ni intĂ©gralement. La rĂ©glementation impose le respect d’une quotitĂ© saisissable afin de prĂ©server un minimum vital Ă  l’agent.

Dans les faits :

  • pendant la pĂ©riode Ă  90 %, l’administration rĂ©cupĂšre souvent environ 10 % du salaire
  • lorsque l’agent passe Ă  demi-traitement, les retenues deviennent extrĂȘmement faibles, parfois autour de 30 € par mois seulement, afin d’éviter de placer l’agent dans une situation financiĂšre dramatique ;
  • lorsque l’agent arrive sans traitement, il n’est plus possible d’effectuer de retenue sur salaire.

Cette situation crée un mécanisme de dette progressive.

Chaque mois :

  • la CPAM continue de verser plusieurs centaines d’euros d’IJSS Ă  l’agent ;
  • mais l’administration ne peut rĂ©cupĂ©rer qu’une petite partie de ces sommes sur la rĂ©munĂ©ration.

La diffĂ©rence entre les montants versĂ©s par la CPAM et les montants rĂ©ellement rĂ©cupĂ©rĂ©s sur le salaire, vient alors alimenter une dette administrative qui augmente progressivement mois aprĂšs mois. Ainsi, plus l’arrĂȘt maladie dure :

  • plus les rĂ©gularisations deviennent importantes ;
  • plus les retenues s’étalent dans le temps ;
  • plus la dette administrative de l’agent s’accumule.

Dans certaines situations, un AESH en arrĂȘt maladie de longue durĂ©e peut ainsi se retrouver avec plusieurs milliers d’euros de dette administrative, alors mĂȘme que ses revenus ont fortement diminuĂ© et qu’il se trouve dĂ©jĂ  dans une situation de fragilitĂ© financiĂšre importante.

Lorsque l’agent arrive en fin de droits et passe sans traitement, l’administration ne peut plus rĂ©cupĂ©rer les sommes directement sur la paie. Les montants restant dus font alors l’objet d’un titre de perception transmis par la Direction gĂ©nĂ©rale des finances publiques (DGFIP).

Ce mécanisme place certains agents dans une situation particuliÚrement paradoxale :

  • la maladie entraĂźne une baisse immĂ©diate des revenus ;
  • mais Ă©galement la constitution progressive d’une dette envers l’administration sur plusieurs annĂ©es.

À cela s’ajoutent des consĂ©quences sociales et fiscales importantes.

En effet, les IJSS versĂ©es directement Ă  l’agent doivent ĂȘtre dĂ©clarĂ©es :

  • auprĂšs de l’administration fiscale ;
  • mais Ă©galement auprĂšs d’organismes sociaux comme la CAF.

Or, ces sommes sont ensuite rĂ©cupĂ©rĂ©es progressivement par l’administration. Les AESH se retrouvent donc dans une situation oĂč :

  • des revenus temporairement perçus sont pris en compte dans le calcul de leurs droits sociaux ;
  • alors mĂȘme qu’ils devront ĂȘtre remboursĂ©s ultĂ©rieurement.

Dans certaines situations, la CAF demande des justificatifs complĂ©mentaires Ă  l’agent concernant ces IJSS. Les services gestionnaires doivent alors expliquer que les sommes perçues feront ensuite l’objet d’une rĂ©cupĂ©ration administrative.

Cette situation crée des difficultés majeures pour les AESH :

  • baisse ou suppression temporaire de certaines aides sociales ;
  • complexitĂ© administrative importante ;
  • incomprĂ©hension des organismes sociaux ;
  • sentiment d’endettement permanent ;
  • fragilisation accrue d’agents dĂ©jĂ  prĂ©caires financiĂšrement.

Le systÚme actuel conduit ainsi à faire peser sur des agents en situation de maladie et de précarité une charge administrative, financiÚre et psychologique particuliÚrement lourde.


Conséquences humaines

Ces mécanismes entraßnent des conséquences particuliÚrement lourdes :

  • baisse brutale des revenus ;
  • incomprĂ©hension des bulletins de paie ;
  • accumulation de dettes administratives ;
  • difficultĂ©s Ă  payer les dĂ©penses courantes ;
  • situations de stress et d’anxiĂ©tĂ© importantes.

Ces difficultés sont aggravées par :

  • la prĂ©caritĂ© numĂ©rique de certains AESH ;
  • les difficultĂ©s de transmission des arrĂȘts maladie ;
  • la multiplication des intermĂ©diaires entre Ă©cole, PIAL, services inclusifs et gestionnaires “Ressources Humaines” ;
  • les portefeuilles administratifs surchargĂ©s.

Dans certains cas, un arrĂȘt maladie devient non seulement un problĂšme de santĂ©, mais Ă©galement un facteur majeur de prĂ©carisation financiĂšre et administrative.


Conclusion

Les difficultĂ©s rencontrĂ©es dans la gestion des AESH ne relĂšvent pas d’un manque d’investissement des agents ou des gestionnaires. Elles rĂ©sultent principalement :

  • du sous-effectif administratif ;
  • d’outils informatiques inadaptĂ©s ;
  • de l’absence frĂ©quente de subrogation ;
  • d’une rĂ©glementation complexe ;
  • de la forte prĂ©caritĂ© des personnels concernĂ©s.

La combinaison de ces facteurs conduit à des situations humaines particuliÚrement difficiles et à des mécanismes de dette administrative parfois incompréhensibles pour les agents


ANNEXE 1 - Tableau de suivi d’un arrĂȘt maladie sur 1 an

Annexe-1%20Arr%C3%AAt%20maladie%20AESH%20de%2012%20mois

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ANNEXE 2 - Tableau de suivi d’un congĂ© grave maladie

Annexe-2%20Cong%C3%A9%20grave%20maladie%20AESH%20de%203%20ans

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ANNEXE 3 - Explication des termes techniques utilisés dans le tableau

Le tableau prĂ©sentĂ© en annexe utilise plusieurs notions administratives et techniques qui peuvent ĂȘtre difficiles Ă  comprendre pour des personnes extĂ©rieures aux services “RH et paie” de l’Éducation nationale. Les dĂ©finitions suivantes permettent d’expliquer concrĂštement le mĂ©canisme dĂ©crit.

Jour de carence :
Il correspond au premier jour d’arrĂȘt maladie qui n’est pas rĂ©munĂ©rĂ©.

Dans l’exemple prĂ©sentĂ© :

  • arrĂȘt maladie le 22/05/2026 ;
  • le 22/05/2026 n’est pas payĂ©.

IJSS :
Ce sont les indemnitĂ©s journaliĂšres de sĂ©curitĂ© sociale versĂ©es par la CPAM pendant l’arrĂȘt maladie. Elles compensent partiellement la perte de salaire de l’agent.

Dans l’exemple prĂ©sentĂ©, les IJSS reprĂ©sentent environ 680 € brut par mois.

CPAM :
Il s'agit de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie. C’est elle qui verse les indemnitĂ©s journaliĂšres de sĂ©curitĂ© sociale pendant l’arrĂȘt maladie.

Subrogation :
Elle correspond Ă  un systĂšme dans lequel :

  • la CPAM verse directement les IJSS Ă  l’employeur ;
  • puis l’employeur verse un salaire rĂ©gularisĂ© Ă  l’agent.

Dans de nombreux services acadĂ©miques, cette subrogation n’est pas mise en place pour les AESH.

Trop-perçu :
Il correspond Ă  une somme versĂ©e Ă  tort Ă  l’agent. Dans les arrĂȘts maladie des AESH, ces trop-perçus apparaissent souvent Ă  cause :

  • du dĂ©calage de traitement de la paie ;
  • des rĂ©gularisations tardives ;
  • des erreurs ou mouvements automatiques du logiciel de paie.

L’administration demande ensuite à l’agent de rembourser ces sommes.

Quotité saisissable :
Cela correspond Ă  la part maximale du salaire que l’administration peut lĂ©galement retenir chaque mois pour rĂ©cupĂ©rer une dette. Cette rĂšgle existe afin de prĂ©server un minimum vital Ă  l’agent.

Dans les faits :

  • Ă  90 %, les retenues reprĂ©sentent environ 10 % du salaire ;
  • au demi-traitement, les retenues deviennent trĂšs faibles, souvent autour de 30 € par mois.

Demi-traitement :
Il correspond Ă  la pĂ©riode oĂč l’agent ne perçoit plus que 50 % de son salaire aprĂšs plusieurs mois d’arrĂȘt maladie.

Dette administrative :m
Elle correspond Ă  l’ensemble des sommes que l’administration considĂšre devoir rĂ©cupĂ©rer auprĂšs de l’agent :

  • trop-perçus ;
  • IJSS versĂ©es directement par la CPAM ;
  • rĂ©gularisations de paie.

Cette dette peut atteindre plusieurs milliers d’euros lors des arrĂȘts maladie longs.

Mouvement intempestif du logiciel :
Le logiciel de paie utilisé pour les AESH peut générer automatiquement des mouvements administratifs imprévus.

Par exemple :

  • un AESH Ă  demi-traitement peut ĂȘtre automatiquement repassĂ© Ă  100 % sans alerte suffisamment visible ;
  • l’agent peut alors ĂȘtre payĂ© Ă  tort Ă  plein traitement.

Ces anomalies génÚrent ensuite :

  • de nouveaux trop-perçus ;
  • des dettes supplĂ©mentaires ;
  • des rĂ©gularisations complexes.

Ces difficultĂ©s sont aggravĂ©es par le sous-effectif des services RH etpaie et les portefeuilles de gestionextrĂȘmementĂ©levĂ©s.


Suite Ă  ce rapport, il paraĂźt urgent de reformer en profondeur le systĂšme de l’école inclusive et des personnes y oeuvrant. À ce titre, nous notons que certains parlementaires ont dĂ©jĂ  rĂ©flĂ©chi Ă  la question. Mais il est urgent d’associer Ă  cette rĂ©flexion tous les acteurs concernĂ©s ainsi que des reprĂ©sentants de la sociĂ©tĂ© civile car la population entiĂšre peut ĂȘtre concernĂ©e par ce sujet. C’est la raison pour laquelle notre association citoyenne apporte son concours Ă  une meilleure connaissance du sujet et Ă  la production des propositions situĂ©es en premiĂšre partie de ce document.

Article intĂ©ressant : Handicap Ă  l’école : un rapport sĂ©natorial prĂ©conise de stabiliser les effectifs d’AESH


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