Depuis plus d'un mois, des appels à une révolte populaire se multiplient sur les réseaux sociaux : « le 10 septembre 2025, bloquons tout »… puis « Indignons-nous » (rappel du célèbre pamphlet de Stéphane Hessel).

Il est difficile de savoir de qui ou de quelle organisation émane cet appel mais ce qui est certain, c’est qu’il est une suite logique au mouvement des gilets jaunes qui, durement et injustement réprimé par les forces de répression du gouvernement, puis « opportunément » stoppé dans son élan par la crise de la COVID 19, n’a pas totalement disparu des lieux de militantisme. Les gilets jaunes qui ont continué à se montrer ou à combattre sur des sujets d’intérêt général s’attendaient à ce qu’à un moment une colère populaire se manifeste.


Pourquoi ?

Un sentiment profond de déclassement de notre nation s’exprime. Et ce n’est pas qu’un vague sentiment, cela est relié à des phénomènes et des données objectifs :


1/ La « Dette »

La « Dette » qui accompagne l’absence de souveraineté monétaire de la France et de ses citoyens représente aujourd’hui un carcan qui empêche toutes initiatives créatrices pour changer et améliorer l’organisation de notre économie et le modèle social juste et désirable que le peuple souhaite.

D’après les projections de la Commission européenne publiées en mai 2025, la France devrait enregistrer le pire déficit public de la zone euro en 2025 et 2026. La note de la dette française (AA-), selon des agences de notation, est assortie depuis février d’une perspective négative, ce qui signifie qu’elle pourrait être rétrogradée. Toutefois, on peut s’interroger sur l’objectivité des notations mais aussi celle de la légitimité politique des agences, en tant qu’acteurs privés dont les avis guident les marchés financiers et contraignent, en fin de compte, les décisions des dirigeants politiques et donc des peuples. Elles ne sont pas juridiquement responsables de leurs erreurs bien que la diffusion de notations erronées soit susceptible de produire de graves conséquences. Entreprises régies par le droit américain, les trois grandes agences sont protégées par le premier amendement de la Constitution : les agences produisent des opinions et non des avis qui engagent leur responsabilité. Quelle est la souveraineté décisionnaire du peuple dans cette situation ?

À la fin du premier trimestre 2025, la dette publique (c'est-à-dire des administrations publiques au sens du Traité de Maastricht) s'établit à 3 345,8 milliards d'euros, soit 114% du PIB, selon les chiffres officiels (mais sont-ils parfaitement justes ?). Avant la pandémie, elle n'était que de 97,9% du PIB tandis qu'elle était de 60% en 2000.

Les trois quarts de la dette française est détenue par les banques, les compagnies d’assurance ou les fonds de pensions". Mais pour que la BCE, qui a acheté 25% des bons du trésor français, supprime la dette, il faudrait soit que tous les acteurs se retrouvent autour de la table soit changer les traités européens actuels.

La solution prônée par le gouvernement est d’organiser une cure d’austérité qui pèsera sur les ménages des milieux modestes et des classes moyennes. Les richesses produites en France ne sont pas et ne seront pas réparties de façon équitable et pragmatique. Cherchons où se trouve l’argent dans ce pays où les très riches ne cessent de voir leurs patrimoines grossir dans des proportions faramineuses, où les élus, hauts-fonctionnaires, ministres… ont des trains de vie somptueux, où tant de services fonctionnent mal pour cause de doublons, de contradictions etc… où des problèmes de gestion créent du gâchis…

La « Dette » est devenue un argument présenté comme incontournable pour justifier des choix politiques et économiques entraînant la nation et une grande partie de la population dans un cycle déplorable. Alors qu’une grande partie de cette « dette » est illégitime car elle augmente artificiellement au grès des marchés financiers. Sans ces taux d’intérêts prohibitifs elle serait beaucoup moins importante et si ces « emprunts » étaient fait auprès de la Banque Centrale Européenne cela éviterait la spéculation.

Les citoyens ont conscience que ce système les pousse dans une direction détestable qui, de plus, hypothèque l’avenir des générations suivantes.


2/ Les valeurs

Les valeurs sociales et morales se lézardent devant la course aux profits la plus inhumaine.

Les services publics hérités en grande partie des choix effectués après la Seconde Guerre Mondiale ont structuré un mode de vie unique au monde et qui nous fut longtemps envié. Même si ce modèle comptait quelques failles, il a permis à des générations d’accéder à la Santé, la Justice, l’Éducation, la Culture, la Solidarité Nationale… d’une façon plutôt égalitaire. Mais, au fil du temps et des gouvernements qui ont entériné des privatisations de plus en plus nombreuses et ont renoncé à construire des moyens pour pérenniser ce modèle, l’accès à tous ces services fondamentaux est devenu de plus en plus difficile et inégalitaire.

La délinquance, les incivilités, la violence que déplorent nombre de citoyens sont la conséquence d’un principe d’appropriation personnelle de biens, de « droits », de situations justifiant tous les stratagèmes. Certains lieux de notre pays sont des zones de non-droit entérinées comme si rien n’était possible pour les rendre à nouveau « vivables ». Les économies souterraines et illicites ont été « acceptées ». Cette situation est le résultat d’une politique de répression systématique qui maintient les populations « pauvres » dans leurs ghettos loin des centres villes. À l’inverse, d’autres zones sont réservées aux riches et sécurisées en permanence par les forces de l’ordre, voire des milices privées.

La situation tragique de l’école française au regard de sa place dans le monde est un exemple qui désespère la plupart des citoyens. Et ces citoyens remâchent un profond ressentiment à l’égard des instances politiques et administratives qui ont participé à cette perte de compétence.

Un monde de « l’entre-soi » s’est développé et a écarté les forces vives innovantes et altruistes qui pouvaient dégager un autre avenir.

Le gouvernement actuel tente de prôner sévérité et changement. Las ! Force est de constater qu’il n’est pas prêt à céder la place à des personnes et des fonctionnements différents.


3/ La démocratie

La démocratie est un mot vidé de toute substance concrète, tant les élites ont confisqué toute possibilité de débat et de partage de décision. Le citoyen est privé de moyens pour donner son opinion, pour contribuer aux choix politiques, et même pour être correctement informé.

Si l’on pense aux outils comme les conventions citoyennes, le Grand Débat, les cahiers de doléances… on ne peut que constater que ce furent des écrans de fumée pour faire patienter le citoyen en lui faisant croire que les élites et le gouvernement allaient prendre en considération le peu qu’on lui laissait exprimer. Les modalités des élections bloquent l’arrivée de citoyennes et citoyens bien intentionnés et compétents qui pourraient rebattre les cartes du monde de « l’entre-soi ». Désormais, par un fonctionnement pervers, partis et syndicats sont gangrénés par ce mode de fonctionnement stérile. Le type même de scrutin utilisé empêche que l’on ait une vision précise et claire des véritables opinions et souhaits des électeurs.

Le Référendum d’Initiative Citoyenne n’existe pas, la Constitution de la Vème République ne permet pas une démocratie plus horizontale et partagée à laquelle de très nombreux Français aspirent à quelque niveau que ce soit (local, institutionnel ou national). Toute proposition d’amélioration de ces textes venant du peuple est balayée d’emblée.

La répression des mouvements populaires légitimes, comme celui des Gilets Jaunes ou celui s’opposant à la réforme des retraites, malgré une participation très importante, est violente, cruelle, non pour protéger mais


4/ L’écologie

Comment faire rejeter par une grande partie d’une population des principes et des choix sensés préserver le Vivant, la santé, le bien-être sur Terre.

La notion de décroissance a été volontairement vilipendée auprès des citoyens. On l’a taxée de perspective misérabiliste et rétrograde. Or, si le terme de « décroissance » est probablement mal choisi car négatif, il recouvre quand-même un tout autre objectif qui s’articule autour de la défense des biens communs. Entre autres propositions :

  • Préservation des ressources naturelles, de la planète, de l’atmosphère, et de la biosphère.
  • Préservation du Vivant animal, végétal, humain.
  • Production et exploitation raisonnables et non pas excessive avec une meilleure gestion et répartition des produits.
  • Rejet des substances nuisibles. Recyclage intelligent et non punitif.
  • Amélioration des cadres de vie, des rythmes de vie, des transports, de l’habitat, des services publics de façon à permettre à chacun de contribuer à la vie de la société sans gâcher la sienne.
  • Partage des richesses effectif (pas d’écarts de revenus supérieurs à six fois le revenu minimum).
  • Une démocratie réelle avec participation pour tous et règles de fonctionnement interdisant les prises abusives de pouvoir ou la corruption.

En réalité, un système qui se baserait sur ces principes est tout à fait envisageable, pas si compliqué à faire fonctionner et bien plus équitable. Il faut décoloniser nos esprits et nos habitudes, sortir des schémas dont on nous a affirmé qu’ils sont indépassables (c’est bien pratique !) et nous montrer collectivement innovants et rationnels.


5/ Les traités internationaux

La signature d’accords ou la soumission à des traités internationaux défavorables à un changement auquel aspire une grande partie de la population.

Sans être formellement opposés à fédérer les énergies, des moyens, des objectifs en collaboration avec d’autres États, beaucoup de Français remettent en cause une adhésion à des super-structures qui soit bloquent des initiatives démocratiques ou des perspectives concrètes de transition écologique, soit imposent des règles ultra-capitalistes qui mettent en concurrence les peuples en affaiblissant leurs pouvoirs décisionnaires et créatifs. Avec des conséquences désastreuses car des pans entiers des secteurs industriels ou agricoles se voient ruinés sans débouchés pour leur production avec les conséquences économiques et sociales qui en découlent. De plus, l’affaiblissement des normes sanitaires et phytosanitaires font courir un risque permanent d’épidémie, voire de pandémie mondiale. La politique notamment du Président des USA, imposant de façon plus ou moins fantaisiste des droits de douane, trouve malheureusement un écho plutôt compréhensif auprès des instances de l’Union Européenne (et en particulier auprès de la Commission qui, rappelons-le, n’est pas élue démocratiquement).

L’opposition forte entre les élites et les riches mondialistes d’une part et les partisans du monde multipolaire se solde par des sortes de prises d’otages des peuples, des conflits et des effondrements politico-économiques dont nous ne mesurons pas encore pleinement les effets douloureux.

La géopolitique du moment se joue en-dehors des peuples et des citoyens qui assistent impuissants aux guerres de chefs et d’idéologies.


Banderolle-bandeau-FB


CONCLUSION

Ces cinq points centraux alimentent la colère ou le désespoir de nombreux citoyens en France mais aussi ailleurs bien entendu. Le mépris avec lequel les très nantis et les gouvernants traitent les peuples et les affaires publiques est vécu comme absolument insupportable. Aussi, si un mouvement de contestation survient à la rentrée de septembre 2025, ce sera légitime.

Mais, au regard de l’expérience récente du mouvement des Gilets Jaunes, il y a des erreurs à ne pas reproduire. Il y a un mode d’organisation et d’action à privilégier afin de réussir, comprenant :

  • Des assemblées dédiées à un travail de construction de la société que nous voulons. Ces assemblées devront respecter des règles de fonctionnement rationnel et efficace.
  • Ne pas surcharger les réseaux sociaux de « bla-bla » qui diluent la pensée et les propositions. Mais plutôt rassembler les analyses et les programmes d’action et de construction grâce à des groupes de travail. S’astreindre à être précis.
  • Ne pas, durant le mouvement, se laisser diviser par des considérations partisanes souvent éculées ni par des guerres d’Ego (à ce titre, le tirage au sort pour certaines missions peut-être une solution intéressante). Ne pas se laisser « embarquer » par des « taupes » ou des « trolls ».
  • Créer des évènements, moments, assemblées pacifiques et inattaquables sur le fond (se montrer imaginatif) pour échanger, travailler, communiquer…
  • Avoir quelques exigences – phares pour donner un cap (le Référendum d’Initiative Citoyenne en toutes matières, une nouvelle Constitution en ligne de mire, des mesures immédiatement indispensables etc…)
  • Ne pas multiplier les évènements ou assemblées redondants qui épuisent ceux qui les animent.

Par exemple, en consultant le site https://www.d-demain.net/ on peut trouver des outils très importants pour mener à bien la construction d’un travail collectif efficace, durable et démocratique. Des fiches thématiques sont disponibles comme (parmi d’autres) :

▶️ La prise de décision acceptable

▶️ La décision collective (ERV)

▶️ La lutte contre l'entrisme


TOUS UNIS - Tous une raison de se lever

Nous sommes le peuple, reprenons notre pouvoir.

On est là, on est là !…


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