Pouvoir : compris comme capacité à agir, à débattre, à élaborer collectivement le projet et les mesures politiques pour les citoyens et la Nation.

A ce jour, 27 octobre 2020, la société française est confrontée à une crise systémique qui, selon toute logique, va non seulement durer, mais certainement s’aggraver du fait de l’effondrement écologique, accompagné des désordres d’un système capitaliste mondialisé à bout de souffle et pourtant toujours soutenu par une poignée d’oligarques et de technocrates hors-sol.



Stratégie à étudier en vue d'une appropriation démocratique du pouvoir

Quelles stratégies pourraient permettre aux citoyens de prendre le destin de la collectivité en mains afin de sortir du paradigme actuel, d’amortir le choc et les conséquences catastrophiques désormais inéluctables de l’effondrement, de construire un avenir désirable à long terme, d’inventer ensemble, pas à pas, une société du Bien Vivre (quel que soit le nom que les citoyens veulent lui donner) ?

Une révolution obtenue par soulèvement populaire est certes possible mais il semble actuellement peu probable que les Français d’une part se décident à des émeutes, d’autre part soient prêts à affronter massivement et même pacifiquement les forces de répression violente que l’on a pu observer à l’œuvre depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes ou de mouvements écologistes et que le gouvernement n’hésite pas à sur-solliciter. Enfin, la propagande gouvernementale relayée en permanence par des médias aux mains des milliardaires, eux-mêmes promoteurs du système en place, démobilise, affaiblit les esprits et sème la confusion. Il n’est qu’à voir le désastre de la communication médiatique autour de la « crise sanitaire de la covid-19 ».

Or, une majorité de Français (cela avait été vérifié au début du mouvement des gilets jaunes) aspire à de profonds changements. Pour qu’il y ait un minimum de consensus autour des changements à réaliser, de même qu’autour des projets fédérateurs, il faut qu’il y ait des débats citoyens, des informations alternatives, une élévation du niveau de la conscience politique (dans le sens de la réflexion autour des constats et des pistes de ce qui est notre organisation collective), des actions à partager…


La Convergence des énergies

Pour le moment de nombreuses initiatives locales, issues de petits groupes, voire même d’individus militants et engagés se développent tous azimuts. Beaucoup d’observateurs et de citoyens engagés estiment qu’une convergence entre ces actions est souhaitable afin de donner plus de force à la contestation et aux propositions alternatives d’organisation de notre société. Certains collectifs à visée nationale essaient de s’implanter, souvent avec bonne volonté mais peu d’expérience et de culture sur la vie politique (dans le sens généreux du terme).


Activons nous, mais ensemble !...

Mais il faut aussi craindre l’uniformisation et donc l’appauvrissement des propositions ; craindre aussi les risques quasi inévitables de tentations d’accaparement de leadership ; craindre aussi les risques d’une récupération d’un mouvement conçu au départ comme une force d’émancipation et de justice sociale par un groupe (qu’il soit un parti déjà existant ou bien une faction en devenir), ce qui pourrait être désastreux ; craindre enfin l’entrisme ou le « noyautage » d’un collectif de convergence par des émissaires du gouvernement en place qui n’auraient ainsi qu’à cibler ce collectif plutôt qu’à disperser leur énergie pour surveiller et saborder une foule de petits groupes militants.

On le voit, les écueils sont nombreux. Mais la convergence ou la coopération sont indispensables. Il faudrait donc inventer un moyen de rassembler des énergies sans pour autant détruire l’indépendance, la créativité, la structuration de chaque groupe. Cela demande rigueur, respect, conscience aiguë de l’intérêt commun. Même si des personnalités intéressantes se dégagent au cours des luttes et des travaux de construction pour une société du Bien Vivre, les guerres d’égos et les conflits d’ambitions sont un danger majeur. Même si une Charte de « Bonne conduite » est établie, même si une forme de structuration au départ consensuelle est créée, aucun mouvement n’est à l’abri des initiatives personnelles (qu’elles soient dues à l’ambition démesurée d’un individu, ou à des formes de chantage, ou à la vénalité). Toutefois des règles de précaution comme par exemple des mandats de porte-parole ou de référents tournants et révocables, peut-être même désignés par tirage au sort constituent un premier garde-fou.

N’oublions pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions.

La première étape d’une stratégie efficace pour conquérir la démocratie véritable consiste à créer entre un à trois collectifs de convergence facilement identifiables par l’ensemble des citoyens français comme étant des ressources pour :

  • informer plus largement et diversement que les grands médias financés par nos oligarques,
  • diffuser des analyses et des projets d’avenir politique (dans le sens d’organisation décidée par l’ensemble des citoyens),
  • organiser des rassemblements citoyens de débats sous toutes formes (débats physique ou en visioconférences, assemblées, manifestations culturelles propices à la conscience et aux rencontres, ateliers thématiques…),
  • se préparer à d’éventuelles confrontations avec les actuels « représentants politiques » et savoir y apporter les arguments valides, même si les militants au départ ne souhaitent pas dialoguer avec ces actuels « représentants » du système, pensant que c’est une perte de temps et d’énergie,
  • imaginer et créer des opérations de sensibilisation, symboliques ou non, sur des sujets brûlants,
  • réunir des fonds pour parvenir aux buts cités ci-dessus.

Tout ceci sans empêcher que chaque groupe indépendant participant à cette convergence puisse continuer à mener ses propres actions militantes, comme il le fait depuis le début de son engagement.

Aucune personne investie de missions quelles qu’elles soient au sein de cette « machine de lutte » ne pourra prétendre à un statut de « chef » et il faudra des alternances dans les responsabilités.


Une révolution ?

Si les Français aspirent à se renouveler en tant que Nation pour sortir du système actuel, cela peut survenir à la faveur d’un soulèvement qui permette une Révolution.

La notion de Révolution fait peur car elle est liée au souvenir de la Terreur à la fin du XVIIIème siècle, à la crainte de violences meurtrières consécutives à une féroce répression d’Etat, à l’incertitude pour chacun de sa situation personnelle ou de la situation de son groupe social, à la crainte d’une récupération autocratique du pouvoir pouvant instaurer un régime pire que le précédent.


Ah ! Ça ira, ça ira, on est là !...

Seulement, il arrive qu’une situation de crise soit si grave qu’un évènement déclencheur, même inattendu, puisse faire basculer les rapports de force et les esprits.

Même si, aujourd’hui, la possibilité d’un soulèvement paraît peu probable en France, on ne peut exclure tout à fait cette éventualité. Les sentiments d’injustice, d’impuissance citoyenne, de peurs (notamment activées par la gestion de la propagation du SRAS-COV 2), d’abandon pour certains se sentant lésés au sein de la République, de fracturation de la société sur le plan moral et culturel, sont des ferments potentiellement explosifs.

Le risque d’une dérive dangereuse existe aussi. C’est la raison pour laquelle un certain nombre de citoyens ont travaillé par groupes, par « ateliers constituants » à l’écriture de Constitutions Provisoires de Transition, dont certaines sont accessibles sur internet. Ces textes ont pour but de proposer un cadre légal démocratique humaniste permettant à un peuple qui se donne les moyens de changer son destin politique de pouvoir fonctionner en paix, en sécurité, le temps de construire son avenir de façon plus durable.

Il est important, fondamental même, que les français soient au courant que des Constitutions alternatives existent et qu’ils pourraient, en cas d’urgence, en choisir une pour éviter les écueils hélas trop souvent rencontrés par les peuples cherchant à se libérer d’un joug honni.

Ces Constitutions Provisoires de Transition contiennent pour certaines d’entre elles l’ébauche d’un projet de société par les principes moraux et le cadre qui s’y trouvent.


Lutter dans le cadre de la Vème République

Si les Français souhaitent parvenir à un changement de fonctionnement politique, ils peuvent aussi le faire dans le cadre légal de la Constitution de 1958, même si cela est une voie limitée. En effet, les institutions actuelles et les règles concernant l’exercice du pouvoir sont bien verrouillées. Néanmoins une stratégie se dégage. La voici :

Il est possible, pour sortir de l’impasse des partis traditionnels, de présenter aux élections Présidentielles de 2022 une personne issue de ce que l’on nomme la société civile par opposition aux militants et dirigeants historiques des partis.


Nous on l'a ! On est là !...

Toutefois, quelques précautions sont à prendre :

Légalement, il ne faut qu’un candidat. Mais compte tenu des obstacles que ce type de candidature va devoir surmonter, et dans le cas où, n’ayant pas de parti organisé derrière ce candidat, si ce dernier venait à être empêché dans son parcours de campagne électorale, il faut en réalité prévoir une équipe de personnes ayant le même type de profil et d’engagement dont chacun des membres pourrait prendre le relais. Ce qui signifie que la population soit informée de cette procédure et que les élus devant donner les cinq cent signatures pour pouvoir investir officiellement le candidat du droit à se présenter devront accepter officiellement cette précaution. En cas d’empêchement majeur du premier sur la liste, c’est le suivant qui prendrait sa place et ainsi de suite. Cette procédure est proposée pour pallier toute tentative de bloquer la présence d’un candidat indépendant à l’élection présidentielle.

La mission de ce candidat sera :

  1. de défendre un projet de société fondé sur les grands principes et valeurs auxquels la société française est attachée (Liberté, Egalité, Fraternité, Justice Sociale, Ecologie radicale et non « mesurettes » illusoires, Laïcité, Démocratie) et pas un programme détaillé. En effet, ce candidat présentera le cadre éthique de la société à venir mais ce seront les citoyens eux-mêmes qui par la suite, définiront le contenu complet du projet collectif.
  2. de signifier clairement qu’à peine élu, il aura pour but de donner le pouvoir politique au peuple, en un temps qui ne pourra excéder six mois.
  3. de définir, avec le gouvernement resserré dont il aura nommé le Premier Ministre (pour respecter la Constitution de 1958), la feuille de route d’une campagne de présentation et d’analyse de textes de Constitutions Provisoires de Transition aboutissant à un referendum pour que les Français choisissent la Constitution Provisoire de Transition qui leur semblera la plus apte à encadrer les transformations démocratiques de la Nation et de l’Etat. Ces Constitutions Provisoires de Transitions devront correspondre parfaitement au projet de société dont le candidat aura, lors de la campagne des Présidentielles, défini les grandes orientations impératives. Elles seront des produits de travaux réalisés par des citoyens et non uniquement par une pseudo-élite juridique et devront toutes contenir les modalités d’un Referendum d’initiative citoyenne en plus du Referendum à l’initiative de tout ou partie des institutions.
  4. de s’engager à ce que, une fois le referendum pour une nouvelle Constitution terminé et une fois la Constitution choisie, son rôle soit terminé et qu’il abandonne la place de Président de la République dès lors que le mode de fonctionnement de l’Etat Français tel que voulu par la nouvelle Constitution se mettra en place sans interférences.

Ni le candidat numéro 1, ni ses colistiers ne pourront s’autoproclamer candidats. Une procédure de désignation de ces personnes devra avoir lieu au sein des mouvements citoyens pour la démocratie et pour cette société désirée, ce qui implique que ces mouvements s’engageront à respecter les objectifs du projet que les candidats proposeront à leurs concitoyens.


Perspectives

En conclusion, une révolte populaire en mesure de renverser le pouvoir politique actuel est assez peu probable mais les citoyens militants pour une société nouvelle doivent se tenir prêts à toute éventualité en élaborant collectivement un projet désirable et des textes constituants. Ils doivent sensibiliser la population à cette éventualité.

D’autre part, en passant par la voie actuellement légale, les citoyens militants pour une société du Bien Vivre (encore une fois quel que soit le nom qu’ils décideront de lui donner) peuvent envisager une candidature pour reprendre le pouvoir aux oligarques afin de le placer dans les mains du peuple. Pour cela également, il faut une convergence efficace des groupes et collectifs militants, une réflexion et rédaction collective d’un projet-cadre de société fixant les grands objectifs qu’une majorité de Français désirent atteindre, des textes constituants fixant le cadre général permettant à la Nation de fonctionner et de mettre en place démocratiquement et dans l’intérêt commun ce projet de société avec le concours de tous.

Un appel à tous les citoyens désireux de s’impliquer, une diffusion large des travaux des collectifs militants sont aujourd’hui une urgence.


Après la révolte des Gilets Jaunes qui fut en 2018 un point de départ de l’expression d’un désir de changement, c’est l’ensemble des Français qui doit à présent prendre en mains le Destin du pays pour éviter le pire.