Il y aura un an bientôt, Ana Sailland était venue à notre rencontre lors d'une assemblée conviviale au parc de Remicourt à Villers-lès-Nancy. Nous avions échangé sur la constitution, le RIC et Ana nous avait parlé en particulier de dette et souveraineté monétaire. Récemment nous l'avons sollicitée pour nous rédiger un article sur le sujet, ce qu'elle a fait avec plaisir et nous la remercions. Ana précise toutefois « Besoin de concision et ère du zap obligent, ce texte sera hélas lacunaire. ».


Caractère de nécessité de la souveraineté monétaire

Ana Sailland, mercredi 20 mai 2020 - reproduction libre


Le contraire de la souveraineté, c’est la sujétion, pardi !
Un collectif humain qui n’est pas souverain est sujet.
Son bonheur dépend alors du bon vouloir du souverain, qui n’est pas lui.

En 2010, à l’occasion de l’émission « l’invité », Mari-France Garaud définit quatre attributs de la souveraineté d’un État :

  1. battre monnaie
  2. faire les lois
  3. rendre la justice
  4. décider de la paix et de la guerre.

Il s'agit bien entendu d'une formule flash qui demande à être habillée 🙂
L’adage « L’État c’est nous » étant une aimable plaisanterie, je nous suggère de parler plutôt de la souveraineté d’un collectif humain …..
C’est le point 1 qui nous intéresse ici.



La souveraineté monétaire ne se limite pas au pouvoir de « battre monnaie ».
Il s’agit en réalité d’un ensemble de pouvoirs dont voici une liste non exhaustive :

  • Mettre en circulation la monnaie neuve, quand besoin est.
  • Choisir la quantité de monnaie à émettre.
  • Choisir les cibles de l'émission monétaire.
  • Le seigneuriage (droit d'éventuellement encaisser un loyer sur la monnaie neuve, alias les intérêts).
  • Définir éventuellement l'obligation faite à la cible de l'émission monétaire de rendre la monnaie neuve à l'émetteur.
  • Rester maître de la quantité de monnaie existante, donc, au delà du processus d'émission, être maître du processus de destruction monétaire.
  • Garder la maîtrise des outils de la circulation monétaire, et des pouvoirs que cette maîtrise induit.
  • Garder la maîtrise de l'hébergement monétaire, et des pouvoirs que cette maîtrise induit.
  • Gestion librement concertée de la pluralité monétaire et de la topologie monétaire. Articulation des monnaies dédiées.

Présentement tout cela a été confisqué aux peuples de la zone euro, entre autres, qui tous sont ainsi tenus en laisse par l'obligation d'utiliser, survie oblige, une arithmétique biaisée, aux règles aliénantes.

La souveraineté monétaire est partagée entre les banques commerciales et la BCE (banque centrale européenne).
Cette dernière est par traité classée indépendante des États, et sa hiérarchie est nommée par… cooptation.
Il faudrait ici décrire les vices du système monétaire en vigueur, « next time may be ».


Pour bien comprendre en quoi sa souveraineté monétaire peut être utile à un collectif humain,
quoi de mieux qu’observer l’expérience de Wörgl.
Peu après la crise de 1929, cette ville vit dans une misère noire.
Comme tant d’autres.
Elle se dote d’une monnaie locale,
et s’octroie les susdits pouvoirs d’émission-assignation-destruction.
En quelques semaines ou quelques mois, la ville se sort alors de la mouise !

L’expérience est si concluante qu’elle est interdite !!!

Votre moteur de recherche préféré vous donnera plus de détails 🙂



Notons au passage qu’en France en 2020, si les monnaies locales sont tolérées, elles doivent être « adossées à l’euro ».
Ce qui anéantit tout espoir d’une souveraineté monétaire citoyenne, de type Wörgl…


Un collectif humain monétairement souverain est « bénéfactor » en dernier ressort.
Cela signifie qu’il peut financer lui-même ce qu’il juge bon de financer.
On perçoit ici le lien étroit entre démocratie vraie et souveraineté monétaire, l’une ne va pas sans l’autre et l’autre ne va pas sans l’une.

Une fois assignée-dépensée, la monnaie émise en telle circonstance circule de main en main et « nourrit » l’économie.
L’argent n’est pas comme présentement une dette, mais un outil arithmétique.
Il n’est ni rare ni surabondant : il est démocratiquement ajusté aux besoins.
Et si la masse monétaire est estimée trop importante, il est possible de la réduire… par l’impôt, qui partant du statut d’outil de pompage dans les flux vitaux par un État exsangue, devient outil de régulation de la masse monétaire.
Ce paragraphe est une courte description du « chartalisme démocrate » 🙂
Nous en sommes loin, très loin …….

A contrario, un collectif humain qui n’est pas monétairement souverain est condamné à l’obéissance.
Devient tôt ou tard esclave. Le mot n’est pas exagéré…
Car : qui détient la souveraineté monétaire détient par ricoché tous les pouvoirs.

La constituante devra donc placer la question monétaire au centre de ses soucis.
Notez svp le futur de l’indicatif (devra, et non pas devrait)

Un grand MERCI à Ana pour son éclairage !!!


Le Florain, monnaie locale du bassin nancéien

Il s'agit d'une information annexe dont notre groupe local GJ Nancy Porte Sud a souhaité vous faire part.

Il ne s'agit bien entendu pas d'une monnaie souveraine puisqu'elle est légalement adossée à l'Euro, mais d'un moyen qui vise à encourager les démarches de production et de consommation respectant les valeurs sociales, environnementales et économiques. Les détenteurs de la souveraineté monétaire européenne n'étant pas encore prêts à céder leur pouvoir, l'usage du Florain représente quand même une certaine vertu en matière de commerce local. Voici la présentation qui en est faite par l'association qui gère cette monnaie locale :

« Le Florain est une Monnaie Locale Citoyenne et Complémentaire à l'Euro qui circule sur Nancy et le Sud de la Meurthe-et-Moselle depuis octobre 2017. Sa valeur est très simple: 1 Florain = 1 Euro. Cette monnaie n'est utilisable que dans le réseau des entreprises et associations adhérentes au Florain.
A chaque fois que je dépense un Florain, je consomme auprès d'un acteur local qui partage des valeurs de solidarité et de respect des êtres humains et de leur environnement. Je contribue à renforcer l'économie locale, puisque ces acteurs sont également incités à re-dépenser dans le réseau les Florains qu'ils recoivent. Je favorise ainsi la consommation en circuits-courts auprès d'acteurs engagés.
Tous les euros échangés sont placés sur un compte de réserve à la Nef, une coopérative financière qui partage les valeurs du Florain. La Nef s'engage à investir, sur le territoire du Florain, le double de la valeur du fonds de réserve dans des projets correspondants à nos valeurs. »

Pour en savoir plus cliquer sur l'image :